À travers les années, on s’enferme dans toute sorte de prison. École, travail, couple, famille, pour ne nommer que ceux-là; nous faisons volontairement des choix de vies qui dressent des barrières contre d’autres opportunités qui auraient pu s’ouvrir à nous.   Mais il y a aussi les limites qui nous sont imposées, parfois pour notre bien comme les lois ou les règlements, mais trop souvent en tant qu’épreuve de la vie comme la pauvreté ou la maladie.  La liberté dont nous souhaitons jouir est donc réduite par ces petites clôtures qui se dressent tout autour de nous.

L’agoraphobe, quant à lui, est prisonnier d’une cellule très inhospitalière : sa propre tête.  Bien qu’il ne le sache pas toujours, la clé de cette prison est à portée de sa main, il faudra par contre faire des efforts pour se l’approprier.  Tout ce que je peux faire aujourd’hui, c’est donner des trucs pour atteindre enfin cette petite clé d’or et retrouver la liberté; sortir de votre tête.

Lorsqu’on souffre d’agoraphobie, nos propres pensées deviennent des cauchemars chroniques.  La crise de panique qui hante l’agoraphobe se nourrit de ces pensées.  En thérapie, on nous parle bien souvent des techniques de respirations.  Oui, ces techniques peuvent chasser l’angoisse du moment, mais elles ne chassent pas les pensées qui les déclenchent.

J’ai eu la chance de rencontrer sur mon chemin une psychiatre sans pitié qui n’a pas été très chaleureuse et qui ne m’a pas réconforté par de belles paroles.  Elle m’a cependant donné toute une panoplie de trucs qui permettent de sortir de ma tête et de chasser (pas définitivement, malheureusement) les pensées qui nourrissent les angoisses de l’agoraphobe.   De connaître ces trucs aide à sortir de notre cocon à sachant que, à l’instar d’un compagnon phobique, cet outil nous suit partout où l’on va.  Ainsi, petit à petit, armée de ces conseils, j’ai pu vaincre les troubles paniques si terrifiant et ainsi diminuer la peur de se trouver dans des situations indésirables.

Enfin, je cesse de vous faire languir, voici ces petits trucs qui m’on été tant utiles :

¯  Regarder vers le haut : ceux qui connaissent les subtilités du langage non verbal savent que nos yeux se déplacent différemment selon que l’on pense, que l’on calcule, que l’on cherche un souvenir ou que l’on ment.  Lever les yeux vers le ciel brise le processus de pensée dévastateur de l’agoraphobe.

¯  Écouter : un geste simple que l’on pose si peu.  Se concentrer sur ce qui se passe à l’extérieur de nous-mêmes est le meilleur moyen de détourner le focus qui est fait sur nos petits tracas.

¯  Chanter à tue-tête : chanter est un moyen de se défouler, il nous fait se concentrer sur autre choses que nos pensées, il nous fait écouter autre chose que ce que nous dit notre tête : que de bienfait dans ce petit conseil.

Peut-être considérerez-vous ces conseils comme une petite mine d’or.  Peut-être n’y verrez-vous que de belles paroles.  Mais s’il y a une seule personne à qui ces astuces profiteront, de ma propre expérience de la souffrance qu’elle subit, j’aurai accompli plus que ce que j’espérais.

Parfois on a besoin de très peu pour que le déclic se fasse, une simple phrase dans une chanson peut changer toute une vie… J’aimerais me présenter en vous disant que j’étais une agoraphobe, mais je sais que comme l’alcoolique, je ne serai jamais à l’abri des rechutes. Alors je me présenterai ainsi :

Je suis Kim Dufresne , agoraphobe contrôlée – Bienvenue sur mon blogue!

J’ai vécu l’enfer de l’agoraphobie durant 4 ans, si je calcule le temps écoulé entre ma première crise de panique et mon étape ultime : mon premier voyage en avion.  Je n’entrerai pas dans le dédale de ce que j’ai vécu : les rechutes, les crises, les peurs… Je ne veux pas faire le focus sur le côté négatif de la maladie.  Pourquoi?  Toutes les fois où j’ai lu une documentation qui décrivait les symptômes, il me semblait les ressentir à nouveau.

L’agoraphobie est une question de sensation, tout se ressent au fin fond du cœur; la solution se retrouve dans la raison, tout se déclenche dans les méandres les plus profonds du cerveau.   Si vous me suivez, vous commencez à comprendre par où commencer pour s’en sortir.

J’adore la musique et ça m’a servi. Je vous en donne un exemple aujourd’hui mais éventuellement, dans d’autres textes, je reviendrai sur l’importance de la musique sur le chemin de la guérison. Pour le moment, je ne vous donnerai qu’un sujet de réflexion : une phrase d’une chanson de Laurence Jalbert qui résume pratiquement en totalité ce phénomène qu’est l’agoraphobie :

« Mais pourquoi donc toujours fuir une tempête qui n’existe que dans ta tête? »

Parce que l’agoraphobe, où qu’il soit, n’est jamais à l’aise.  Même enfermé dans le plus petit recoin sécuritaire de sa maison, il le sait…  Ses pensées le suivent partout, le hantent, lui empoisonnent la vie!

Tout agoraphobe devrait se reconnaître dans ce que je viens de vous décrire.  Alors je vous invite à lire mon prochain texte.  On vous dit en thérapie qu’il ne faut pas fuir, mais moi je vous inviterai à le faire! Je ne vous apprendrai cependant qu’à ne fuir qu’un seul endroit… votre tête!

D’ici là, bonne chance!